L'air de rien, je me fais un thé. Un thé rouge, un faux, mais de toutes façons ça reste un sachet qu'on met dans de l'eau portée à ébullition, au préalable transférée dans une tasse, en l'occurrence un mug à l'effigie de Marge Simpson. Pour me réchauffer, et pour le sentiment de tranquillité que ça procure. Je ne peux pas associer le thé à l'agitation. C'est curieux, si on considère que la théine et la caféine ne sont en fait que la même protéine. J'ai du me reporter à ma sempiternelle Wikipédia pour trouver la réponse à la question que je me posais, en trempouillant le sachet dans l'eau brûlante. Le thé contient en effet une quantité importante de tanins, qui ralentissent l'assimilation de la caféine. D'où des effets plus progressifs. Mais je me demande pourquoi je me la pose, cette question, du reste, vu que ce n'est pas du thé que je bois.

J'écoute Sting chanter "Wrapped around your finger" et je pense que ce genre de musique s'accorde très bien avec la pêche naturelle des enceintes. Les aigus sont rendus avec justesse et les basses claquent furtivement. Je regarde autour de moi sur le bureau, je vois mon chéquier qui traîne sous mon écran, attendant avec nonchalance le prochain loyer - plus qu'une dizaine de jours, patience... Une facture SFR, qui me fait penser à demander à ne plus en recevoir. Un DVD (-R ou + R ?) recouvre un CD-RW, me rappelant l'installation chaotique de la dernière Ubuntu (penser à désactiver l'AHCI avant de vouloir booter sur le CD). Un support de disque dur, abandonné sur un support de TIP... les élastiques ne sont pas très fiables, il vaut mieux utiliser les vis sur silent-blocs.

(Note pour plus tard : il vaut mieux laisser infuser le thé à la cuisine, ça permet de se débarrasser du sachet plus facilement, sans avoir à trimballer la tasse aller-retour, avec tous les risques que ça comporte, dans cette atmosphère claire-obscure.)

Sous une feuille qui n'a donc rien à faire là, les deux derniers albums que je me suis offert. No Name Face, de Lifehouse. A cause de la dernière chanson, Fool, apparue lors d'un test Facebook. Ce qui m'a permis de corriger une erreur vieille comme mon premier disque dur : je possédais une chanson nommée Hanging by a moment, attribuée malicieusement à Lighthouse Family. Comme vous l'aurez certainement compris, elle fait partie de cet album. En dessous, on trouve Totem, de Zazie. Je complète ainsi ma collection. C'était dommage de laisser un tel talent hors de ma discothèque numérique. Je vérifie quand même que les CD sont bien dans les pochettes, et je me promets d'aller ranger ces CD dans les mallettes prévues à cet effet. Oui, ils n'auront servi qu'une fois... mais quelle fois...

Je lève le nez, et je vois qu'une photo est encore en train de se décoller. Le résultat de la rétraction du papier photo, et de la dureté de la patafix qui maintient celle-ci au mur, deux effets de la sécheresse qui règne ici, 34% d'humidité seulement. Et quand il pleut, ça gondole et ça pendouille. Et ça rime avec grenouille. Le thé refroidit vite, je m'autorise une gorgée avant d'aller poser mon index sur le coin du lagon de Moorea épris de liberté, pour lui rendre son rôle de lucarne éphémère vers l'évasion. Et pendant que Zazie chante Je t'aime mais, je me laisse emporter et je repense...

Un post-it obsolète me prouve que mon stylo fonctionne encore, que mon clavier n'est pas le seul élément que j'ai pour recenser mes pensées. Mais le fait que je n'arrive pas à relire ce qu'il y a marqué dessus me rappelle à quel point je peux être rouillé dans l'exercice calligraphique. Je me dis qu'en effet, il n'y a que mon cahier du bureau qui supporte quotidiennement les assauts de mon Pilot G2. Et encore, ses pages sont plus des oeuvres ornementales, des enluminures d'un genre étrangement grotesque, inspirées par les lignes entrecroisées qu'on appelle plutôt couramment petits carreaux, dont l'espacement de 5mm guide la pointe gorgée d'encre et de bonnes intentions. Enfin, j'espère.

Un ticket de carte bancaire, un repas pris en agréable compagnie, payé à 14:4:41. Un autre qui me rappelle que l'entretien d'une voiture coûte cher. Et un troisième, qui m'indique qu'en 4 mois l'encre de ce genre finit par s'effacer à la longue. Dommage qu'il n'en soit pas de même pour certains écrits, qu'on regrette souvent très vite. Comme la lune, absente ce soir, qui s'efface toutes les 4 semaines.

Je jette un oeil à ma gauche, et je vois la photo de la plage de Maupiti, et ses palmiers courbés par le vent, à moins que ce ne soit un effet d'optique, avec la plage en forme de parabole. Et je me rappelle comme il y faisait doux. Je me rappelle aussi du matin suivant, où nos hôtes polynésiens avaient revêtu des polaires, car il ne faisait que 20°, à l'aube. Et moi, dans mon traditionnel polaire vert, j'écoute Suzanne Vega et je me dis qu'il manquait quand même une batterie, à ce concert.