Ou comment attirer le lecteur dans le piège parfait, celui qui ne lui laisse aucune chance de répit, qui le plonge dans la plus amère perplexité pour le ressortir frit comme jamais, jurant, comme la cigale, qu'on ne l'y reprendra plus. Si le titre ne laisse aucun doute quant à ma santé mentale, le châpo peut à la rigueur donner l'envie de ranger le Prozac. L'allusion évidente à la table, la cruche, l'eau, tout ça, rassure. On entre dans un monde connu, celui de la parodie de ce qui est déjà la pantomime dérisoire d'une époque révolue, à défaut d'être révolutionnaire. Erreur, funeste et futile, le doigt est déjà dans l'engrenage. Ne reste alors qu'une alternative, continue ou se le couper (le doigt, bien entendu).

Après avoir persiflé sur les lamas bipèdes à poche, que vais-je donc pouvoir inventer sur les belettes, me direz-vous, farcis de crainte mêlée d'une pointe d'ironie. La belette, mammifère carnivore mais néanmoins très affectueux, doux, mais d'une autonomie relative. Ce qui la rend d'une boulimie frénétique. Et pourtant, on n'a jamais vu de belette obèse, c'est dire si elle se dépense. Course à pied, escalade, spéléo, elle n'oublie rien pour conserver sa silhouette de guêpe (sauf en ce qui concerne les rayures, naturellement). A ne pas confondre avec la loutre, qui elle est nettement plus aquatique. Celle-ci pourrait se présenter d'ailleurs aux triathlons, si elle se donnait la peine de s'entraîner un peu plus au vélo, cette fainéante. Mais revenons à notre svelte belette.

La belette joue un grand rôle dans l'élimination des petits rongeurs dits nuisibles, les campagnols par exemple, et toutes les petites boules de poils aux courtes pattes, munis de dents acérées, qui grignoteraient n'importe quoi, pourvu que ça nuise (d'où le terme de nuisibles). Attention à ne pas confondre nuisible et nyctalope, toutefois. Bien que dans la plupart des cas, cela va de pair. Prenons par exemple le cas du loup garou. Nuisible, il l'est certainement. Mais en fait, sa nyctalopie est rendue anecdotique par le fait qu'on ne l'a encore jamais vu (et réciproquement) danser sous le soleil de midi. Non que le loup garou soit un piètre danseur, mais sa tenue à franges et à paillettes rend quand même mieux sous les moonlights. C'est donc par son incapacité à trouver une tenue adaptée (allez donc trouver un tailleur ouvert à minuit) que le loup garou est obligé de ne vivre que la nuit, écumant les dancefloors, pour disparaître à l'aurore, dans les bois rafraîchis par la rosée, celle-là même qui permet à la belette de faire sa toilette du matin (admirez le retour au sujet).

Impossible de parler de belette sans évoquer le furet, même modèle, fin, racé, mais la taille au-dessus. Autre différence par rapport à la rusée dame belette, il se domestique, lui. Bien que ça ne le rende pas forcément plus intelligent. Sa capacité à tester la résistance des murs est souvent évoquée au cinéma. Par contre, il se montre propre, dans le sens où, paraît-il, il ne fait ses besoins que dans les coins. Il suffit de lui montrer le plus petit et le tour est joué. Allez donc faire ça avec une belette, ou un loup garou. Le furet est classé en tant qu'animal de compagnie, à l'instar du chat. Pourquoi choisir un furet plutôt qu'un chat ?

Déjà, comme évoqué précédemment, le furet obèse est rare. Il est donc plus facile à ranger, de part sa forme allongée, un tube suffit pour l'expédition. Attention, je ne recommande pas l'utilisation de furets en tant que projectile, évidemment. Les hamsters sont plus compacts, donc plus efficaces. Ensuite, un chat a nettement plus tendance à se la péter. Personne n'a vu un furet en train de parader, tentant d'attirer l'attention par tous les moyens, bijoux clinquants, tenues affriolantes, même à poil parfois, dans des voitures brillantes et bruyantes, roulant au ralenti sous le poids démesurés des occupants susmentionnés. Le furet est discret mais néanmoins joueur, même si sa tendance à la sieste le fait parfois passer pour un paresseux (façon de parler, bien sûr, c'est fascinant de sérénité, un paresseux).

En poursuivant de façon ascendante dans l'échelle de taille, on pourra citer la fouine (pourquoi pas l'éléphant pendant qu'on y est ? parce que c'est quand même nettement moins mignon). Remarquons qu'il n'y en a que pour les gros : on dit fureter, fouiner, mais pas beletter. Une injustice que ne renierait pas le fourbe félin faussement dur d'oreille Raminagrobis. Méfiez vous des chats, donc.