La question n'est pas tellement où, mais quand. Quand reviendrai-je ? Bon, c'est maintenant, les doigts flottants sur le clavier, cliquetant de joie et d'allégresse (le clavier, pas moi). C'est terriblement désorientant, de se sentir tellement occupé qu'on ne pense plus à la plus élémentaire des tâches, satisfaire un public impatient et avide de mots, gourmand de phrases et de textes, amateur de bons paragraphes, moelleux et fondants à la fois (à défaut d'être au chocolat).

J'exagère sans doute, car ces gens-là sont partis sur le blog d'à-côté depuis belle lurette. Ici point de dessins aux couleurs de l'automne, ou alors de traits bichromatiques enrobant de façon impressionniste l'humour de la culture geek. Non, des lettres qui se suivent et qui ne se ressemblent pas, heureusement d'ailleurs. Des nouvelles vraiment nouvelles, construisant pas à pas une promenade dans les arcanes complexes de mon esprit embrumé par tant de sollicitations. J'aurais pu écrire sollicitude, les rimes en -itude sont à la mode en ce moment. Mais en fait, ça ne correspondait pas à ce que je voulais exprimer comme sentiment. Donc j'ai préféré une rime en -ation, comme dans profanation. Vous me direz donc, de votre langue acérée et farceuse, pour ne pas dire sarcastique, pourquoi n'as-tu pas écrit profanation ? Parce que c'est un mot un peu fort et trop peu crédible, dans ce contexte.

Donc, qu'ai-je fait de si spécial ? Déjà pas mal de sport. Mes bras se souviennent de cette terrible descente du Mont Ventoux. Mon vélo a ainsi pu bénéficier d'un domaine de jeu à sa mesure. Il en revient frais comme un gardon, facile et alerte comme de coutume. Moi, personnellement, j'ai eu quand même très peur. S'élancer en avant dans ces descentes vertigineuses au devenir incertain, il fallait en vouloir. Je ne sais pas si c'était plus pour le désir de me prouver à moi-même que je pouvais le faire, ou alors c'était le plaisir de défier ce monstre imposant et immobile, à défaut de le gravir, le dévaler... Ou alors c'était pour la décharge monstrueuse d'adrénaline. Je pourrais me contenter de dire que c'était pour prendre un grand bol d'air, et admirer le paysage magnifique, sous un ciel limpide, de cette belle journée, idéalement fraîche.

Ensuite, le week-end dernier, c'était le jour de mes 33 ans. Il faut que je me dépêche de taper, d'ailleurs, je sens venir les stigmates. J'ai commandé la couronne d'épine, elle arrive à dos de chameau, guidée par l'étoile du Nord. Il ne restera plus alors qu'à faire une croix sur mes pseudo-activités webéditrices. Encore une allusion à la religion, dont l'iconoclastie ne se cache même plus. C'est certainement vrai, mais vous croyiez vraiment que le neo-Pape était venu jusque chez nous juste pour le plaisir de cracher dans la soupe en maudissant à jamais tous les couples issus de précédents divorces ? Non. Il venait vérifier, lors d'une rencontre définitivement tenue secrète jusqu'à ce jour, que je n'étais pas la n-ième réincarnation d'un Christ farceur, désinvolte acteur d'une religion déliquescente, au point que j'ai du en chercher la définition formelle dans le dictionnaire de l'Académie, version 1972 modifiée 1996.

Bon, ce jour-là, j'ai fait du kart. Vous savez, ces petits engins pétaradants, sortes de planches à repasser munis de roulettes, d'un volant, et d'un moteur de tondeuse à gazon. C'est bien rigolo, le kart. Pour aller vite, il ne faut rien lâcher. Ni le volant (mais ça vous vous en doutiez, perspicaces que vous êtes), ni surtout la pédale de droite, qui est bien pratique pour s'appuyer lors des virages à gauche. Bon, je n'ai pas fait de miracles, je vous ai déjà dit que pour la multiplication des pains, c'était la porte à côté. Je me suis juste bien amusé. Mais ça faisait encore un dimanche "blanc" pour l'écriture.

Dimanche oui, mais quid des autres jours de la semaine, où le Seigneur, lui, n'a pas chômé ? Le travail a repris, me rendant indisponible la plupart du temps, il faut bien gagner sa croûte. Remarquez qu'on dit toujours gagner sa croûte, alors que la plupart des gens préfèrent la mie. Comment voulez-vous que cette plupart aime travailler ? Moi, je ne n'en fais pas partie. Pas de ceux qui n'aiment pas particulièrement travailler, mais des gens qui préfèrent la mie. Le bon pain, c'est cette alchimie délicate, entre la croûte dorée et brunie (non, pas elle), et la mie, tendre et épaisse, goûtue, dont les bulles irrégulières ne sont là que pour parfaire son élasticité. Je ne comprendrais jamais non plus les adorateurs du pain blanc. Je leur dis juste merci, de me laisser les baguettes les plus savoureuses.

Ceci est mon corps... N'aimant pas le vin, je me contenterai, pour mon sang, d'un diabolo grenadine, voire, soyons fous, d'un Monaco. Allez en paix.