Je partîmes avec peu de minutes d'avance, arrivâmes au parking et prîmes mon billet juste à l'heure. 5,5€... CINQ EUROS CINQUANTE§§§ C'est pas magique la séance du dimanche matin ? Pour ce prix modique vous disposâtes (bon d'accord j'arrête avec le subjonctif déjanté) d'un siège dans la plus belle salle du complexe : la 12. Ah, la salle 12. Celle où les sièges ont encore leurs accoudoirs intacts, où les traces de pop-corn/glace/soda/nachos partent encore au nettoyage.

Mais surtout celle équipée pour la projection en numérique. Là, ça calme direct. 5,50€ pour un film en HDDC ? Mais on a le son pour ce prix ? Oui, et même un sourd pourrait en profiter. Ce qui est fascinant avec le HDDC, c'est la petite vidéo qui dit que le film sera en numérique. Vous savez, comme au début du THX et du Dolby Digital, avec le petit robot. Le genre de pellicule bien pourrie, avec des traces et des trous. Pour bien faire sentir que l'image suivante sera... parfaite. Spotless. C'est le cas, rien à redire au point de vue technique. J'avais vu Hulk il y a quelques semaines, c'était déjà impressionnant en termes de définition.

Donc, j'y étais allé pour voir un film. 218880 images (bon, dans le feu de l'action, j'en ai peut-être oublié une ou deux). Je vous passe le calcul pour le son, mais ça devrait faire pas loin de 437 millions de frames. Et la part de rêve dans tout ça ? Pour moi c'est pas loin de 100%. Oui, car le générique n'a rien d'exceptionnel. La police de caractères utilisée ne casse pas des briques, limite de l'Arial même pas en gras. Même pas d'effet de reflet, relief ou flou artistique. Bref, un peu ennuyeux quoi.

Batman, Batman, c'est pas celui qui se balade en combi de plastique noir, avec les oreilles de Spock sur le haut de la tête ? Qui a une voiture s'apparentant plus à un bulldozer ? Des gadgets à faire pâlir d'envie Q ? Oui, c'est lui. Bien que l'univers baroque et stylé des premiers opus Burtoniens, mis à mal dans le précédent épisode, a ici totalement disparu. Les grands buildings ont remplacé le manoir. L'influence des films comme La mémoire dans la peau, ou Collatéral (ceux que j'ai vu et dont je me souviens, déjà), se fait sentir au niveau des grands travellings sur la ville. Chaque plan est réaliste, efficace. La poésie, c'est fini, Batman a grandi.

Un autre point à noter est l'abondance des scènes de jour (il faudrait que je revoie les autres films, mais dans ma mémoire elles sont franchement rares). Dont la première, qui a elle seule met dans l'ambiance. Cynisme, efficacité, brutalité... et humour. On sent, juste à ce moment, que le film sera sans doute exceptionnel. Tant de moyens sur les premières cinq minutes, ça promet.

Et les promesses sont tenues. Ce n'est pas autour d'un acteur talentueux que ça se joue, mais autour de sept ! Chaque scène déborde de classe. Bon, dans ces cas-là, y'en a toujours un qui sort du lot, Heath Ledger est celui-ci. Arriver à eclipser totalement Jack Nicholson, il fallait le faire. On arrive ici à une autre dimension du Joker, plus sadique et manipulateur que simple cinglé. Presque sobre et distingué. Aaron Eckhart est tout aussi brillant. Et si Christian Bale arrive à se faire discret, c'est surtout qu'il a le bon goût de jouer son rôle jusqu'au bout : Batman n'est pas le héros de ce film.

Les scènes d'action, bien qu'à couper le souffle pour la plupart, laissent un peu plus la place à l'émotion et à la retenue. On a la chair de poule en voyant le prisonnier prendre le détonateur dans le bateau... et quand l'homme en colère va se rasseoir, la minute suivante. Le regard désabusé du Joker trahit le plus souvent son maquillage. Le sourire de Lucius Fox lorsqu'il quitte la machine qui s'autodétruit. Et le moment où on voit que la pièce de Harvey Dent a en fait 2 faces...

Batman Begins, tout comme Casino Royale pour le James Bond, marquait le renouveau et une certaine maturité de Batman. The Dark Knight confirme avec un brio incroyable. Le succès au box-office est amplement mérité. Le film obtient même une note de 9.2/10 sur IMDB. Les autres films de Christopher Nolan, Le Prestige (encore avec C.Bale) et Memento obtiennent aussi des notes supérieures à 8. Je ne peux qu'encourager à aller les voir aussi.