La rhétorique du fondant au chocolat
Par Prems, dimanche 22 juin 2008 à 22:52 :: Cuisine :: #18 :: rss
C'est chaud, ça coule, mais c'est pas grave.
Le fondant, c'est un peu comme la mousse au chocolat. On en trouve de partout mais c'est rarement exceptionnel. Car si à la base c'est plutôt simple, les ingrédients et la façon de le préparer font toute la différence. Je me demande si je peux faire une introduction qui enfonce plus les portes ouvertes.
La cuisine, la pâtisserie, même la maçonnerie, ne sont en effet qu'un mélange d'ingrédients savamment dosés et travaillés. Un seul élément en défaut peut faire vaciller tout l'ensemble et transformer la Tour Eiffel en Tour de Pise. Revenons plus en détail sur la constitution de ce qui nous intéresse, à savoir le fondant au chocolat.
Sans surprise, sans chocolat, pas de fondant. C'est d'ailleurs assez difficile de réaliser un article dans ces conditions. En effet, tout le monde aime le chocolat. Pas moyen de générer une quelconque polémique. Impossible de se moquer de ces ridicules graines que Christophe Colomb avaient pris pour des crottes de chèvre. Et lorsque son collègue Cortès a fini par en ramener en 1528, tout le monde a apprécié, à la Cour d'Espagne. On n'a pu l'apprécier en France que lors du mariage d'Anne d'Autriche avec le 13eme Louis. Boisson coûteuse des grands de ce monde, introduit à grands frais lors d'événement "people"... C'est à se demander si depuis le début, ce n'est pas qu'un effet de mode.
Un peu comme le Red Bull. C'est dégueulasse, voire infâme, mais comme les "stars" sont payées pour en boire, c'est forcément bon et adulé par la plèbe. Comme quoi, le marketing viral ne date pas d'hier. On imagine sans peine les soirées branchées de la Cour, avec les hôtesses court-vêtues de vêtements portant la marque "Chocolat" se dandinant au rythme de la musique tout en versant à flot le breuvage "fashion".
Quoi qu'il en soit, pour faire du bon fondant, il faut du bon chocolat. On passera sur la farine, les oeufs, le sucre : il y en a dans de nombreux gâteaux, y compris les fameux cookies, dont le chocolat ne fond que sur les doigts, lui. Vous remarquerez que j'insiste très peu sur ces ingrédients secondaires, qui n'ont pas pu bénéficier de tout le support marketing de l'ingrédient star. Mais c'est la vie, pas le paradis.
En fait, les ingrédients, on s'en fiche. Tout ça c'est encore un coup des membres de la LACB (Ligue des Amateurs de la Crème Brûlée) pour m'empêcher de finir cet article chocolaté. Tout ça parce qu'il n'existe pas de crème brûlée au chocolat, tout au plus à la vanille, voire à la cannelle. Mais pas avec ce produit à la fois noble, mystérieux et romantique, qu'est le chocolat. Le secret du fondant au chocolat, c'est la cuisson.
Le coeur du gâteau doit être liquide, sans qu'on puisse le deviner au premier coup de cuillère. Le convive doit progresser tel un spéléo-archéologue, une bouchée après l'autre, afin de découvrir le saint des saints. Le chocolat dégoulinant avec lenteur sur le lit de crème anglaise, se mélangeant à la confiture de lait, se frayant un chemin à travers le caramel... Je suis sûr que Michel-Ange pensait à un fondant au chocolat quand il peignait le plafond de la Chapelle Sixtine.
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